La portée admissible d’un bastaing ou d’un madrier désigne la distance maximale entre deux appuis que la pièce de bois peut franchir sans déformation excessive ni risque de rupture, pour une charge donnée. Ce calcul repose sur trois paramètres liés : la section du bois (largeur x hauteur), l’entraxe entre pièces et la nature des charges appliquées.
Les Eurocodes, et plus précisément l’Eurocode 5 pour les structures bois, encadrent ces valeurs avec des critères plus stricts que les anciennes règles empiriques.
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Flèche admissible selon l’Eurocode 5 : le critère qui gouverne la portée
La plupart des guides en ligne raisonnent en résistance à la rupture. En pratique, c’est la flèche qui limite la portée bien avant la rupture. Un bastaing peut supporter une charge sans casser, mais fléchir au point de rendre le plancher inconfortable, de fissurer un revêtement ou de compromettre l’étanchéité.
L’Eurocode 5 fixe deux seuils de flèche pour les planchers bois habitables. Sous charges permanentes (poids propre du plancher, revêtement, cloisons légères), la flèche ne doit pas dépasser L/300, où L représente la portée libre en millimètres. Sous charges d’exploitation (occupants, mobilier), le seuil descend à L/500.
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Sur une portée de 4 mètres, la flèche maximale admise sous charges d’exploitation se limite donc à 8 mm. C’est ce double critère de service qui réduit la portée utile d’un bastaing par rapport aux valeurs qu’on obtient en ne vérifiant que la résistance.

Section, entraxe et charges : les trois variables du calcul de portée
Section du bastaing madrier
Un bastaing courant mesure entre 50 et 75 mm d’épaisseur pour 150 à 250 mm de hauteur. La hauteur est le paramètre dominant : doubler la hauteur d’une section multiplie sa rigidité par huit environ. Un madrier de 75 x 225 mm franchira une portée nettement supérieure à un bastaing de 63 x 175 mm, toutes choses égales par ailleurs.
Entraxe entre solives
L’entraxe correspond à la distance d’axe en axe entre deux pièces de bois parallèles. Réduire l’entraxe revient à répartir la charge sur davantage de solives, ce qui augmente la portée admissible de chaque pièce. Les valeurs courantes se situent entre 40 et 60 cm pour un plancher habitable.
Charges normatives pour un plancher habitable
Les charges d’exploitation pour un plancher d’habitation couvrent l’usage résidentiel standard (occupants, mobilier courant).
Les charges permanentes (poids propre du solivage, panneaux de plancher, revêtement) s’y ajoutent. Les anciennes règles françaises retenaient parfois des valeurs différentes, ce qui explique les écarts entre abaques anciens et calculs actuels.
- Charges permanentes : poids propre du bastaing + panneaux + revêtement de sol, calculé en kg/m² selon les matériaux retenus
- Charges d’exploitation : valeur définie par l’Eurocode 1 pour l’habitation courante, davantage pour un local recevant du public
- Charges ponctuelles : un point de charge concentré (baignoire remplie, coffre-fort) nécessite une vérification spécifique en plus du calcul réparti
Lecture d’un abaque de solivage : portée libre et section
Les abaques de solivage restent l’outil le plus accessible pour estimer rapidement une portée. Un abaque croise la section du bois, la portée libre entre appuis et la charge admissible résultante, exprimée en kilogrammes. Le tableau ci-dessous reprend des valeurs pour du bois de résineux, extraites d’un abaque de charges admissibles :
| Section (cm) | Portée 200 cm | Portée 300 cm | Portée 400 cm | Portée 500 cm |
|---|---|---|---|---|
| 6 x 15 | 245 kg | 223 kg | 137 kg | 92 kg |
| 6 x 20 | 978 kg | 524 kg | 324 kg | 219 kg |
| 7 x 16 | 642 kg | 404 kg | 262 kg | 140 kg |
Ces valeurs concernent des pièces posées de niveau, supportant des charges réparties. Elles ne tiennent pas compte du critère de flèche Eurocode, ce qui signifie que la portée réelle en usage habitable sera souvent inférieure à ce que l’abaque seul laisse croire.

Pourquoi les règles empiriques sous-estiment les contraintes réelles
La règle dite « 60 fois l’épaisseur » circule encore dans les forums de bricolage. Elle consiste à limiter la portée libre à 60 fois l’épaisseur de la pièce de bois. Pour un bastaing de 63 mm d’épaisseur, cela donnerait une portée maximale d’environ 3,78 m.
Cette approche ignore la hauteur de la section, l’entraxe, la nature des charges et le critère de flèche. Elle peut fonctionner comme garde-fou très grossier pour un usage non habitable (stockage léger, terrasse), mais elle n’a aucune valeur réglementaire pour un plancher d’habitation.
Un calcul conforme à l’Eurocode 5 croise la vérification en résistance (état limite ultime) et la vérification en flèche (état limite de service). Pour un même bastaing, la portée admissible selon l’Eurocode sera fréquemment plus courte que celle donnée par la règle empirique, parce que le critère de flèche L/500 sous charges d’exploitation est très restrictif.
Bastaing madrier en plancher bois : vérifications complémentaires
Le calcul de portée ne suffit pas à valider un solivage. Deux points méritent une attention particulière.
- La classe de résistance du bois (C18, C24, C30 pour les résineux) modifie les contraintes admissibles. Un bastaing en C24 supporte des charges supérieures à un bastaing en C18 pour une même section
- Les conditions d’appui : un appui simple sur lisse basse ne se comporte pas comme un assemblage boulonné dans un sabot métallique. La qualité de l’appui influence la portée effective
- L’humidité du bois : les propriétés mécaniques diminuent avec le taux d’humidité. Un bois séché artificiellement (classe de service 1) conserve de meilleures performances qu’un bois mis en oeuvre encore vert
Pour un plancher d’habitation, la combinaison la plus fiable reste un calcul selon l’Eurocode 5 réalisé par un bureau d’études structure. Les abaques fournissent un ordre de grandeur utile en phase d’avant-projet, mais le dimensionnement définitif doit intégrer l’ensemble des paramètres propres au chantier : portée, entraxe, essence, classe de service et nature exacte des charges.

