Sur un chantier de rénovation, on tombe régulièrement sur des menuiseries calfeutrées à la mousse polyuréthane en bombe. Le résultat semble correct au premier coup d’œil : le vide entre le dormant et le gros œuvre est comblé, l’air ne passe plus.
Quelques mois ou quelques années plus tard, les problèmes apparaissent : infiltrations d’eau, mousse friable, cadre PVC déformé. Le DTU 36.5 interdit explicitement la mousse expansive pour le calfeutrement des menuiseries extérieures, et cette interdiction couvre aussi bien le neuf que la rénovation.
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Déformation des cadres et perte d’étanchéité : ce qui se passe concrètement sur le terrain
La mousse polyuréthane en aérosol continue de gonfler après application. Sur un dormant PVC, cette expansion exerce une pression latérale capable de voiler le cadre. On constate alors des problèmes d’ouverture, de fermeture, et surtout une rupture de l’étanchéité entre le dormant et le vitrage.
Le second problème est l’eau. La mousse expansive à cellules ouvertes absorbe l’humidité au lieu de la repousser. Elle retient l’eau dans la cavité entre le mur et le dormant, ce qui provoque à terme pourriture du bois ou corrosion des fixations métalliques. La mousse PU en bombe n’assure pas l’étanchéité à l’eau, qui est la première exigence d’un joint de calfeutrement selon le DTU.
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Troisième défaut : la sensibilité aux UV. Toute mousse exposée au rayonnement solaire se dégrade rapidement, devient friable et perd ses propriétés isolantes. Sur une menuiserie extérieure, une partie du joint est souvent exposée côté tableau, ce qui accélère la dégradation.

DTU 36.5 et calfeutrement des menuiseries : ce que dit précisément la norme
Le DTU 36.5 est le document technique de référence pour la mise en œuvre des fenêtres et portes extérieures en France. Il ne se contente pas de déconseiller la mousse expansive : il l’exclut des solutions admises pour le calfeutrement.
Les systèmes reconnus conformes par le DTU sont limités :
- Le mastic extrudé (silicone, polyuréthane, hybride) appliqué sur un fond de joint calibré, qui garantit l’étanchéité à l’eau et la souplesse dans le temps.
- Les bandes imprégnées pré-comprimées (type mousse imprégnée de classe 1), qui assurent à la fois l’étanchéité à l’air et la gestion de la vapeur d’eau.
- Les membranes d’étanchéité collées, utilisées en complément pour les poses en tunnel ou en applique selon la configuration du support.
Le DTU distingue trois fonctions que le calfeutrement doit remplir : étanchéité à l’eau côté extérieur, étanchéité à l’air côté intérieur, et isolation thermique dans l’épaisseur du joint. La mousse en aérosol ne satisfait aucune de ces trois fonctions de manière fiable.
Garantie décennale et assurance : le risque que les artisans sous-estiment
On parle souvent du DTU comme d’une contrainte technique. Sur le terrain, la conséquence la plus directe d’un calfeutrage non conforme est assurantielle. Un calfeutrement à la mousse expansive peut être requalifié en non-conformité lors d’un sinistre. L’assureur ou le fabricant de la menuiserie peut alors refuser la prise en charge au titre de la garantie décennale ou du SAV.
L’UFME (Union des Fabricants de Menuiseries Extérieures) a diffusé des recommandations explicites contre l’usage de la mousse expansive en aérosol. Tout désordre lié à un calfeutrage non conforme au DTU 36.5 expose le poseur à un refus de couverture décennale. Pour un artisan, le risque financier est direct : reprise complète de la pose à ses frais, sans recours possible contre le fabricant.
En rénovation, la situation est identique. Même si le DTU est parfois perçu comme une norme « neuf », son application couvre les travaux de remplacement de menuiseries. Un particulier qui fait poser des fenêtres a donc intérêt à vérifier que le devis mentionne un calfeutrement conforme, avec mastic sur fond de joint ou bande imprégnée.

Calfeutrement conforme en rénovation : méthode et choix des matériaux
En rénovation, le jeu entre le dormant neuf et la maçonnerie est rarement régulier. C’est précisément pour cette raison que la mousse en bombe séduit : elle comble facilement les vides irréguliers. La solution conforme demande un peu plus de méthode, mais elle garantit la pérennité de la pose.
Fond de joint et mastic : la combinaison de base
Le fond de joint en mousse polyéthylène se place dans la cavité pour calibrer l’épaisseur du mastic. On applique ensuite un mastic extrudé adapté au support (silicone pour la maçonnerie, polyuréthane ou MS polymère pour les supports poreux). Le mastic reste souple dans le temps et absorbe les micro-mouvements entre le dormant et le gros œuvre sans fissurer.
Bande imprégnée pré-comprimée pour les poses en tunnel
Pour une pose en tunnel (dormant dans l’épaisseur du mur), la bande imprégnée de classe 1 offre une solution efficace côté extérieur. Elle se dilate progressivement pour épouser les irrégularités du tableau, tout en restant imperméable à l’eau battante. Côté intérieur, on complète avec une membrane ou un joint mastic pour assurer l’étanchéité à l’air.
Les retours varient sur la facilité de mise en œuvre des bandes pré-comprimées selon la régularité du tableau. Sur un bâti ancien avec des feuillures très irrégulières, un mastic sur fond de joint reste souvent le choix le plus fiable.
Contrôle de la pose et points de vigilance pour le particulier
Un particulier n’a pas à connaître le DTU par cœur, mais quelques vérifications simples permettent de repérer un calfeutrage non conforme. Si une bombe de mousse expansive est visible sur le chantier pour le calfeutrement (et non pour le calage provisoire avant fixation mécanique), c’est un signal d’alerte.
Sur le devis, les mentions à chercher sont : « mastic de calfeutrement sur fond de joint », « bande pré-comprimée imprégnée », ou « membrane d’étanchéité ». L’absence de ces termes, remplacés par « mousse PU » ou « mousse de remplissage », mérite une clarification avec le poseur avant le démarrage des travaux.
Les portes et fenêtres représentent une part significative des déperditions thermiques d’un bâtiment. Un calfeutrement conforme au DTU 36.5 protège à la fois contre les infiltrations d’eau, les fuites d’air et les litiges assurantiels. La mousse en bombe reste utile pour d’autres usages (comblement de trémies, isolation de passages de gaines), mais pour le calfeutrement d’une menuiserie extérieure, on l’écarte systématiquement au profit des solutions normées.

